Anecdote #4 : Le déni de réalité

Comme une sorte de sidération. Tout est vide. Pas noir, ni obscur, ni lointain, ni flou… mais vide.  Plus rien n’a de sens que je sois capable de comprendre, et encore moins de mettre en mots.

Lors de ces passages à vide, je n’ai pas le temps de digérer mes pensées, de les assimiler – je n’ai pas le temps de les écrire. Je ne suis même pas certaine que dans de tels moments, je veuille en avoir la force ou le courage.  Elles glissent en flot d’auto-accusations, d’auto-agressions, et de vérités piquantes. Et je les laisse glisser, et m’atteindre toute entière.

Et à la fin, je ne connais que la honte, la haine de mon corps, et la vanité de mes batailles.

Je suis quelqu’un de profondément positive – aussi surprenant que cela puisse paraître. Je m’accroche aux possibles, à l’avenir, à mes forces intérieures. Je crois toujours qu’il y a une version de ma vie dans laquelle je peux réussir à me construire telle que mon idéal l’exige, et que je peux déclencher les évènements qui me mèneront à cette version.

Et je pense que c’est cet espoir qui me sauve, et qui fait ma seule force. C’est cet espoir qui fait que j’existe encore, que je suis toujours là, à écrire ce blog, à exprimer, à dire, à être encore capable.

J’imagine que les passages à vide sont le prix à payer pour disposer d’une telle endurance.

Le silence, les douleurs, le vide, l’abandon. Le dégoût de soi. L’inutilité de tenter de changer, chaque jour, la réalité. Parce que c’est là la difficulté de ce genre de périodes : elles sont la réalité. Voilà mon plus intime sentiment.

Ces passages à vide ne sont pas qu’une alternance normale entre espoir et désespoir, comme on peut parfois en faire l’expérience. Ils sont ce qu’il y a de plus fidèle à ce que je suis, tout au fond. Je ne « crois » pas, mais je sais : que mes combats sont inutiles, que mes espoirs sont vains, que je n’ai connu que l’inceste jusqu’à mes 17 ans et que l’on ne change pas ces 17 ans de construction sur des bases perverses, malades, vicieuses. Désolée pour ceux qui voudraient voir le positif en tout et en toute circonstances : pas cette fois. Non, psychologiquement, on ne change pas une structure de développement. On ne renaît pas. On ne réécrit pas le passé. On ne défait pas les fondations sur lesquelles on a été bâtit.

Mais je n’arrête pas de me battre. Etrangement. Je sors de ces passages à vides, et je reprends mes luttes – mes doutes aussi. Je suis enchaînée à l’idée que rien de tout cela n’a de sens, mais je ne m’arrête pas, je n’abandonne rien…

Seulement, je me bats en ayant conscience de me battre contre moi-même, contre mes convictions les plus profondes, contre une réalité trop douloureuse. J’ai le sentiment que c’est le fardeau que je dois accepter de porter.

Mon combat est un déni des réalités. Et mes passages à vide sont une pause dans le déni.

C’est un peu comme tenter de lutter pour se réveiller d’un cauchemar et, de temps à autres se rappeler que le cauchemar n’est pas rêvé.

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14 réflexions sur “Anecdote #4 : Le déni de réalité

  1. Carole psycho praticienne 11 janvier 2015 / 15 h 07 min

    Personne ne changera le passé, nous n’en avons pas la capacité, mais ce gros travail que vous faites sur vous, vous aidera a changer l’avenir, et c’est de ce côté la qu’il faut regarder.
    Courage

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  2. 1pattedanslencrier 11 janvier 2015 / 16 h 48 min

    Lâcher ses émotions par les mots est important, c’est une étape dans un long cheminement, c’est affronter ses peurs pour mieux les dépasser. S’accorder aussi le droit de fléchir parfois mais être sûre que le premier pas franchi vous a lancée sur la route du mieux… Chaque petite victoire est un pas rempli d’amour pour soi… Et l’amour de soi est la clé.
    Prenez soin de vous.

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  3. lamisstamara 12 janvier 2015 / 10 h 16 min

    La résilience, cette capacité à rebondir après les pires atrocités subies, permet à chacun de nous de continuer à vivre et non de survivre. Tu es forte et endurante, tu arriveras à marcher, même en tirant ce boulet, et quelques fois tu te surprendras à ne plus le sentir… Bon courage !

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    • freyjanova 12 janvier 2015 / 11 h 12 min

      La petit soucis avec la résilience, dont je ne t’avais pas parlé la fois dernière, c’est que selon cyrulnik, elles se développent en utilisant 1. les bases saines de notre développement, et 2. des tuteurs de résilience (personnes qui nous entourent et nous soutiennent).
      Je n’ai malheureusement pas de bases saines dont je me souvienne. C’est pour ça, entre autres, que la tâche est ardue ^^ Mais je te rassure, il m’est déjà arrivé de ne plus sentir ce boulet.. J’imagine que, dans un soucis d’équilibre, il faut bien que parfois je le sente davantage :p
      Merci pour tes encouragements !

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  4. lesouffleurdemots 13 janvier 2015 / 19 h 54 min

    Pleins de courage à toi. Continue d’écrire, continue d’être entourés de personnes qui te relèvent avec douceur et tendresse.
    Je suis de tout coeur avec toi!

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  5. lyonnealg 14 janvier 2015 / 17 h 53 min

    Je me reconnaît en ce que tu décris. Je sais aussi qu’il y a une porte de sortie. Dans mon cas, c’est le détachement volontaire, le lâcher-prise sur tout et … l’interprétation musicale. La musique, langage universel s’il en est un, emmène ailleurs. Souvent plus haut, plus loin que ce qui n’était qu’un espoir autour du vide…

    Merci pour tes publications. Elles sont inspirantes de vérité et de recherche d’absolu. Elles sont empreintes de courage. Et, ne serait-ce que pour ce courage dont tu fais preuve à chaque fois, tu as toute mon admiration.

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    • freyjanova 14 janvier 2015 / 18 h 00 min

      Je comprends tout à fait ce dont tu parles lorsque tu évoques la musique. Et l’interprétation musicale surtout. En tous les cas, ces mots parlent beaucoup.

      Très très émue par ton message.. J’en reste bloquée, devant la page, à les relire. Je te remercie sincèrement.

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  6. Mona de B. 15 janvier 2015 / 7 h 43 min

    Effectivement on ne renait pas puisqu’on est pas né, donc en guérissant, on nait. Pour guérir il faut, et c’est dur, affronter le passé pour en vider les émotions refoulées ce qui permet de faire le deuil, et donc ensuite d’avancer léger, maître de soi. Attention au concept de résilience, voici un article qui en parle http://www.regardconscient.net/archi04/0402resilience.html#top . Bon courage, je continuerai à suivre ton regard éclairant.

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    • freyjanova 15 janvier 2015 / 9 h 47 min

      Malheureusement guérir le passé est loin d’être aussi simple, (attention au concept de refoulement et de deuil 😉 Je ne devrais même pas parler de « guérison » en réalité ! Mais je parlerai sûrement de toutes ces choses prochainement 🙂
      Pour ce qui est de la résilience, c’est vrai que c’est notion sont devenues floues aujourd’hui. Tout le monde utilise ce terme, mais je ne sais pas combien le comprennent réellement. C’est devenu une notion « glam ». Je pense donc que nous parlions de résilience au sens clinique. Dans ce lien, il s’agit de la résilience au sens de « une vertu sociale associée à la réussite » ou « forme de richesse intérieure ». D’ailleurs il me semble que c’est en Australie ….. ou Allemagne (je ne sais plus !) que la résilience est perçue davantage comme un concept au sens de richesse intérieur ^^.. ça n’aide pas les confusions ! :p
      Tu me donnes tellement d’idées d’articles et de vulgarisation de la psychologie !

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      • Mona de B. 15 janvier 2015 / 19 h 25 min

        Ca c’est sûr que ce n’est pas simple de guérir le passé, j’en sais quelque chose…

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