Anecdote #1 : Rompre les silences

« J’ai le droit de te voir nue, je suis ton père »

Sans être d’accord avec ces mots, sans leur trouver une légitimité, il y eut une époque où je leur accordais une certaine logique. Où je les acceptais. en me disant qu’ils avaient du sens.

C’était ce genre de phrases anodines, insignifiantes et dégueulasses à la fois, semblant rationnelle mais tintée d’une sorte de truc intolérable. Je percevais, faiblement, que quelque chose n’allait pas… mais je ne savais pas quoi.

Et puis qu’est-ce qu’on répond à ça ? Et même si l’on répond : L’intrusion est faite.

Il faisait ce genre de choses : il prenait ses droits sur moi. Et il le faisait depuis si longtemps … que je finissais par les lui donner moi-même. Ce sentiment qu’il avait fait germer en moi, celui de lui appartenir, d’être son objet, sa chose… ça n’avait pas aidé.

Ce blog, je ne sais pas tout à fait ce qu’il est : un journal de mes tentatives à croire en une vie normale ? Une thérapie ? Un partage avec les innombrables victimes d’inceste qui survolent le net? Un espoir de rompre les silences, de briser les maux ? Une contribution pour la petite voix des victimes qui essaient de parler, d’expliquer, d’exprimer ; ces victimes qui font du bien à celles qui restent silencieuses ?

Je vous le dit ici : il faut du courage pour exprimer toutes ces choses, et celles à venir. Pas par peur du jugement (bizarrement)…  Mais par peur des mots : Les penser, puis les écrire, être submergée par les images, les odeurs, les sentiments… puis les observer, les relire, les voir noir sur blanc, se dire « ça, c’est moi », se dire « je suis une victime » en essayant tant bien que mal d’oublier la petite voix qui nous dit que l’on fabule, que l’on exagère, que c’est ridicule et excessif… Ou celle qui nous dit qu’être victime, c’est une identité : que l’on restera victime, quoique l’on fasse. Que c’est inscrit, c’est trop tard, qu’on est détruite et que c’est ainsi.

Je suis fatiguée. De me battre contre moi-même, contre les fantômes de l’emprise de mon père, contre le dehors, les gens, la peur, le doute, les angoisses, la stupeur, la honte. Mais il est hors de question que j’arrête de me battre, d’essayer, de survivre.

Si certains parmi vous pensent que les mots sont forts, exagérés, sachez ceci :

On survit de l’inceste, ou on en meurt.

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7 réflexions sur “Anecdote #1 : Rompre les silences

  1. lesouffleurdemots 16 décembre 2014 / 18 h 03 min

    Je te lis et j’admire ton courage. Continue pour ceux ou celles qui n’arrive pas à écrire, à dire de peur d’être rejetés comme affabulateurs, affabulatrices! Pleins de courage à toi et j’espère que tu pourras mieux vivre malgré ce lourd poids! Tu peux compter sur mon soutien!

    Aimé par 2 people

  2. elise9 15 janvier 2015 / 10 h 02 min

    Bonjour à toi,

    je suis heureuse de découvrir ton blog (grâce à ton « j’aime », merci !!) qui représente pour moi un début de guérison.
    Tous les ingrédients sont là : la force, le combat, l’épuisement, le doute, la conscience, la lumière, que je sens percer à travers tes mots, dans tes différents textes (le pardon, les merci et tant d’autres choses !).
    Bonne route sur ce cheminement parfois si intense et difficile mais qui promet une libération dont tu n’as même pas idée ! 🙂

    Elise

    Aimé par 1 personne

  3. http://oliwp.wordpress.com/ 19 janvier 2015 / 8 h 50 min

    la force de l’âme c’est la capacité à transposer une douleur en œuvre d’art. Tes mots sont autant de libération, de prise de hauteur du toi sur ton corps insulté, de prise de conscience que seul le présent et l’amour sont important. Quel-qu’ont été nos souffrances, les blessures laissent des cicatrices mais nous pouvons toujours pardonner, rire, aimer, prendre plaisir, partager, respirer…
    Bien à toi Olivier

    https://oliwp.wordpress.com/2013/10/15/abandonne-a-la-bestialite/

    Aimé par 1 personne

  4. Va faire le café ! 23 mars 2015 / 14 h 40 min

    J’admire ton courage, j’admire la tendresse qu’il y a dans tes mots bien qu’ils décrivent des sentiments lourds à porter et à supporter. L’écriture est une thérapie, ou en est le début. Courage, continues à garder ce courrage qui te permets d’écrire et de guérir, un peu, rien qu’un tout petit peu.

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  5. Caroline 24 janvier 2016 / 17 h 17 min

    Salut, je vis la même chose que ce texte en ce moment et je me sens horriblement seule.. Merci beaucoup pour ton blog et ton témoignage jme sens déjà moins taré et ça résonne en moins. Pleins de courage

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